01/10/2012 : Le régime protéique fait-il vraiment maigrir ? Sur Santé-Figaro du 01/10/2012.
 

Le régime protéique fait-il vraiment maigrir ?

Par figaro iconGilles Mithieux - le 01/10/2012
AVIS D'EXPERT- La réponse de Gilles Mithieux, directeur de recherche de l'unité Inserm 655 «Nutrition et cerveau» à Lyon.

 

Les protéines alimentaires exercent un effet coupe-faim, qui persiste plusieurs heures après l'ingestion d'un repas riche en protéines. C'est ce que l'on appelle un phénomène de «satiété». Dans l'équipe que je dirige à l'Inserm, nous avons récemment découvert à quoi est dû cet effet. Il s'explique en fait par une double boucle de communications nerveuses et métaboliques entre l'intestin et le cerveau.

Message coupe-faim

Lors de travaux précédents, nous avions observé que l'ingestion de protéines alimentaires déclenche une synthèse de glucose (sucre) au niveau de l'intestin juste après les repas. Cette fonction, appelée néoglucogenèse est plus connue au niveau du foie et des reins, où elle sert à alimenter les autres organes en sucre. Mais, c'est au niveau de l'intestin que la néoglucogenèse délivre un message coupe-faim. Transmis par le système nerveux périphérique, un message est envoyé dans la partie du cerveau qui contrôle la faim et la satiété (l'hypothalamus). Ce signal diminue la sensation de faim.

Dans un nouveau travail, paru dans la revue américaine Cell en juillet, nous avons compris comment les protéines agissent, au cours de leur digestion, pour induire la néoglucogenèse intestinale: elles inhibent des récepteurs spécifiques (les récepteurs µ-opioïdes). Cette inhibition se traduit par l'envoi d'un double message nerveux, impliquant le système nerveux périphérique ventral (par le nerf vague) et dorsal (par la moelle épinière) vers les zones du cerveau spécialisées dans la réception de ces signaux périphériques.

Après plusieurs étapes, le cerveau transmet un message-retour qui déclenche la néoglucogenèse par l'intestin, et génère alors l'envoi du message «coupe-faim» dans les zones du cerveau contrôlant la prise alimentaire. L'identification de ces récepteurs µ-opioïdes et de leur rôle dans la régulation de la néoglucogenèse intestinale permet donc d'envisager de nouvelles pistes thérapeutiques dans le traitement de l'obésité. L'enjeu sera de déterminer la meilleure façon d'agir sur les récepteurs µ-opioïdes pour réguler durablement la sensation de satiété.

Réduire les calories

En revanche, il convient d'insister sur le fait que les régimes protéiques ne font pas maigrir, comme on le voit écrit parfois de façon abusive. Ce qui fait maigrir, c'est le fait d'ingérer moins de calories que le corps n'en «brûle», soit par la dépense énergétique de repos (énergie nécessaire à faire vivre nos cellules), soit par la dépense énergétique volontaire (nécessaire à l'exercice physique ou sportif).

L'amaigrissement se produit lorsque l'on entreprend un régime hypocalorique quel qu'il soit, hyperprotéique ou non. Bien sûr, les protéines peuvent aider à avoir moins faim et donc à mieux supporter l'épreuve de la perte de poids rapide. Mais c'est une épreuve qu'on ne peut supporter que pendant un temps limité! Ainsi, le corps s'en protège en émettant des signaux que le cerveau interprète comme des signaux de danger: «Je perds du poids, donc mon organisme est en danger, donc je dois stocker des réserves.» Le corps et le cerveau se «défendent» alors de la perte de poids en favorisant des processus d'absorption et de stockage de l'énergie.

Lorsque les efforts de suivi du régime se relâchent, par exemple après l'atteinte d'un objectif de perte de poids, ou par simple lassitude, ces processus s'enclenchent, et la reprise de poids est rapide et parfois plus forte qu'avant. C'est ce qu'on appelle l'effet yo-yo. La solution pour perdre du poids durablement est donc d'en perdre très progressivement, en modérant les quantités absorbées, et en préférant les aliments peu énergétiques (légumes, fruits, viande blanche par exemple) aux très énergétiques (pâtisseries, etc.).

 




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