02/10/2012 : Entretien avec Dr Amir Abdellarif Touafek: Président du 1er Sommet maghrébin de la santé. Entretien réalisé par Hamid Guemache sur TSA le 02/10/2012.

Entretien avec Amir Touafek, président du 1er Sommet maghrébin de la santé

"55 000 nouveaux cas de cancer attendus en 2012 en Algérie"


Le docteur Amir Abdellatif Touafek est président de la Commission nationale de la déontologie et de la réglementation. Il est aussi vice‑président de l’Ordre national des pharmaciens algériens. Il présidera le 1er Sommet maghrébin de la santé, qui se tiendra les 2 et 3 octobre à Alger. Dans cet entretien, il plaide pour une plus large coopération sanitaire entre les pays du Maghreb pour lutter contre deux fléaux régionaux : le diabète et le cancer.

 
Le premier Sommet maghrébin de la santé se tiendra demain à Alger. Quels sont les objectifs de cette rencontre ?
 
L’organisation du Sommet maghrébin de la santé, les 2 et 3 octobre à Alger, sous le haut patronage du président Abdelaziz Bouteflika, propose de créer un espace de discussion international de très haut niveau en matière d’échange et de coopération sanitaires.
 
Tout au long de ce sommet, un nombre important d’institutionnels et d’experts de haut niveau, soit plus de 63 communicants dont 34 Algériens et 29 étrangers, issus de plus de 17 pays, aborderont des thématiques fondamentales pour la santé de nos concitoyens et pour l’avenir du système de santé au Maghreb. Les liens historiques entre les pays du Maghreb central et l’ensemble des pays de l’aire arabo‑musulmane, de l’Europe et à une moindre mesure de l’Amérique du nord, plaident en faveur de plus d’échanges.
 
Afin de donner un sens concret aux différentes analyses comparatives abordées par nos prestigieux intervenants, le choix de les illustrer à travers deux fléaux sanitaires régionaux a naturellement émergé de cette réflexion, à savoir le diabète et le cancer.
 
Concernant le cancer en particulier, nous bénéficierons d’expériences, dont celle de l’Institut Gustave Roussy et de l’Institut Curie de France qui seront représentés par leurs premiers responsables respectifs, le professeur Alexander Eggermont et le professeur Claude Huriet mais aussi le King Fahd Hospital d’Arabie Saoudite représenté par le Pr Abdul Rahman Jazieh et l’Institut national d’oncologie Sidi Mohamed ben Abdallah du Maroc représenté par le Pr Hassan Errihani.
 
Pour l'Algérie, d’éminents spécialistes dans le domaine de la cancérologie sont conviés à s'exprimer, à l'image du Pr Djilali Louafi, du Pr Kamel Bouzid, du Dr Ameur Soltane, du Pr Taha Fillali, du Pr M'Hamed Afiane et du Pr Mustapha Boubrit.
 
 
Quel est l’état de la santé en Algérie et au Maghreb concernant ces deux fléaux, le diabète et le cancer ?
 
En Algérie, certains chiffres annoncent que la troisième cause de décès est liée au cancer (9,5 %) avec 55 000 nouveaux cas attendus en 2012 et qu’un Algérien sur 10 âgé de 35 à 70 ans décède des conséquences d’un diabète (8,78 %) sur une population de diabétiques estimée à plus de 3 millions de cas.
 
Au Maroc, 6,6 % des adultes de plus de 20 ans souffrent d’un diabète ; 57 % ignorent leur maladie et on dénombre entre 30 000 à 50 000 nouveaux cas de cancer par an. En Tunisie, on note une prévalence du diabète de 10 % et une incidence globale du cancer de 113 cas pour 100 000 habitants.
 
 
Que doivent faire ces trois pays pour lutter contre ces maladies ?
 
Les trois pays gagneraient à développer une politique de prévention, de dépistage et de diagnostic précoce de ces affections. Ils devront également faire des choix stratégiques pour définir des priorités, les hiérarchiser et les traduire en programmes à court, moyen et long terme en tenant compte des réalités économiques et sociales des trois pays. Ces programmes serviront de base à la planification des investissements immobiliers et en équipements lourds, à consolider une industrie pharmaceutique régionale technologique, à l’élaboration des actions de formation des personnels de santé. C’est sur la base de ces programmes qu’apparaîtront les forces et les faiblesses de chaque système et que pourront se définir les opportunités transversales de coopération entre les trois pays et entre le Maghreb et le reste du monde.  
 
 
Quelles seraient les évolutions les plus marquantes attendues dans les systèmes de santé maghrébins ?
 
Les systèmes de santé des trois pays gagneraient à engager des réformes pour davantage de démocratie sanitaire, pour une plus grande participation des usagers et des professionnels à la gouvernance des systèmes de santé  en institutionnalisant les actions d’information et de consultation des populations et des professionnels ainsi que des processus de codécision.
 
Enfin, notre réflexion sur les coopérations et les échanges devrait être particulièrement valorisée dans le domaine des zones frontalières qui sont souvent considérées comme un obstacle par les professionnels des trois pays de chaque côté de leurs frontières.

 





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